La guerre des crèches est un nouvel épisode de l’offensive menée contre notre peuple, l’un de ces mécanismes à l’œuvre destructeurs de notre culture. Il réussit la prouesse au nom d’une prétendue laïcité qui n’en est pas une de s’attaquer à deux socles fondateurs de notre nation, le christianisme et la laïcité qui lui est en partie consubstantielle.

Si la France a rendu à César la totalité de son dû c’est bien parce qu’elle est la fille ainée de l’Eglise. « L’incarnation rédemptrice : année zéro du militant laïque, A.D.N. de notre génétique morale » écrit Régis Debray et (cité de mémoire) : « Notre loi de 1905 trouve son origine entre 325 et 451, quelque part entre le concile de Nicée et celui de Chalcédoine ».

Les pères de la laïcité le savaient bien, Gambetta l’auteur du célèbre « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » est aussi l’auteur de « L’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation ! » en réponse aux esprits obtus qui s’opposaient au financement des établissements des jésuites au Liban.

Robespierre qui tolérait l’athéisme mais qui le trouvait immoral était par dessus tout imprégné du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, il savait à l’évidence qu’il n’y a pas de contrat social sans religion, au moins civile. Il mit fin à la déchristianisation au grand dam des salopards hébertistes qui tenaient le Comité de sûreté générale.

Ziya Gökalp l’inspirateur de la politique de laïcisation auprès d’Atatürk avait probablement lu Jean-Jacques Rousseau, il savait lui aussi qu’il n’y a pas de contrat social sans religion, au moins civile. Il est l’auteur de ces vers célèbres faussement attribués à Erdogan qui n’en fut que le récitateur : « Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats ».

Atatürk avait bien retenu la leçon si l’on en juge par sa déclaration qui succède à la destruction des chrétiens d’Asie mineure : « Dieu merci nous sommes tous musulmans donc nous pouvons être laïques ». Il avait en outre compris malgré son aversion pour l’islam que la question culturelle prime, il ne peut y avoir de laïcité sans homogénéité, sans une religion dominante, au moins culturellement. Il y eut en Turquie au XIXe siècle les Tanzimat, l’équivalent de la Nahda dans la zone arabe. C’est paradoxalement ce vent d’égalité qui provoqua en Turquie le ressentiment des mahométans qui ne supportaient pas de voir les chrétiens accéder aux mêmes droits qu’eux et qui fut à l’origine des célèbres massacres hamidiens de 1895-1896, préfiguration du génocide de 1915. Charles de Foucauld, dont le procès en béatification a été suspendu des décennies durant pour ne pas froisser les mahométans, avait vécu dans sa chair les massacres hamidiens. Il avait subi en compagnie de villageois arméniens un siège de la part des Turcs et des Kurdes, il avait compris la dimension religieuse et culturelle et avec plus de quarante ans d’avance avait prédit dans sa célèbre lettre à René Bazin datée du 29 juillet 1916 ce qui adviendrait en Algérie sans conversion des mahométans au christianisme.

Michel Aflak, syrien de confession grecque-orthodoxe, le père du panarabisme laïque, avait lui aussi compris qu’il n’y a pas de salut sans homogénéité culturelle, il préconisait l’islam comme culture y compris pour les chrétiens d’Orient.

Je soutiens ce paradoxe, la loi de 1905 a été rendue possible grâce à la révocation de l’édit de Nantes qui a permis l’homogénéisation de la France. La loi de 1905 a été émancipatrice pour les très minoritaires protestants et juifs parce que le catholicisme dominait largement. Quand il y a des confessions d’importance comparables c’est à nouveau la guerre. Pasqua, Joxe, Chevènement et Sarkozy ont commis la faute de contribuer à étendre les largesses concordataires de la loi de 1905 à l’islam qui est entré dans la place sans combattre et s’est empressé de damer le pion à la laïcité.

La « Libre Pensée » qui a déclenché cette guerre des crèches avait défendu le voile islamique à l’école et le droit de porter la burqa dans la rue. Elle avait déclaré dans son journal : « La loi sur le voile intégral est raciste et xénophobe ». Il faut savoir qui se cache derrière cette « Libre Pensée » qui n’est ni libre ni une pensée. A l’origine des anarchisants sortis tout droit de la tradition ouvrière du XIXe siècle, certes anachroniques et décalés mais pas bien méchants. En 1995 la « Libre Pensée » a fait l’objet d’un putsch selon la technique bien rodée d’infiltration des trotskistes. Des trotskistes s’emparent de la fédération, de l’émission de radio dominicale à France culture, des locaux de la rue des Fossés-Saint-Jacques à Paris, de l’organe, de l’histoire en partie prestigieuse (il y a une autre partie de l’histoire beaucoup moins prestigieuse pour ne pas dire scabreuse, honteuse), etc…

Ces trotskistes sont les tristement célèbres lambertistes chez qui d’illustres ennemis de la nation ont fait leurs classes : Cambadélis, Jospin, Mélenchon pour les plus connus.

Mélenchon a tombé le masque dans une émission de Répliques d’Alain Finkielkraut sur France Culture en regrettant la victoire de Charles Martel : « … Si on avait pu s’épargner les siècles d’obscurantisme que nous a valu la mainmise de l’Eglise sur l’Occident chrétien, si on avait pu nous gagner l’apport des civilisations arabes, arabo-andalouses...»

Lionel Jospin a été l’artisan de l’affaire du voile de Creil en 1989 alors qu’il était ministre de l’Education nationale, affaire qui fut le Munich de l’école républicaine. Premier ministre lors du jihad aérien otanesque contre nos amis serbes en 1999, Lionel Jospin enfila avec Jacques Chirac les habits de janissaire.

Pour mémoire, dans le cadre du traité de Lausanne (1923), afin de prévenir les conflits, les diplomates exigent pour la Grèce et la Turquie une homogénéité confessionnelle par un échange des populations pas encore déplacées par la guerre. La séparation se fait sur une base confessionnelle et non pas ethnique. C’est ainsi que 500 000 mahométans quittent la Grèce pour la Turquie principalement des Grecs convertis à l’islam, et que 1 500 000 orthodoxes, grecs et turcs quittent l’Asie mineure pour la Grèce.

Quand Jean-Pierre Chevènement affirme : « Il aurait fallu distinguer le sort de la France et de l’Algérie, parce que, je le pense, ces deux peuples n’étaient pas miscibles.» il se trompe. Le peuple français n’est pas miscible avec l’islam, il n’est pas miscible non plus avec les « français de souche » convertis à l’islam, allés pour certains faire le jihad en Syrie, mais il est miscible avec des kabyles qui ont renoué avec leur passé chrétien et romain, celui d’avant la catastrophe de l’invasion islamique. Les combattants de la liberté mêmes sous le joug islamique depuis quatorze siècles sont nos sœurs et nos frères. Entre un paysan sous son olivier en Provence, en Calabre, dans le Péloponnèse ou en Kabylie, il n'y a guère de différence sinon que pour ce dernier on peut déplorer qu'il vive sous un joug politico-religieux, l'islam, qui est une insulte à sa civilisation, celle de l'olivier.

Pascal Olivier