J’étais ce matin 11 Novembre à une cérémonie devant un monument aux morts ; c’est toujours, pour moi, l’occasion d’une rêverie introspective, d’une immersion dans le passé : je suis là, mais je me désintéresse du détail de la commémoration, au fil des prestations de personnages jouant leur rôle, de la musique militaire jouant sa partition, du public jouant avec ses photographies, je me laisse glisser dans un état d’âme onirique.

Ainsi suis-je transporté en moi-même dans un passé ; mais lequel ? Celui de ces soldats tenaces – pour la plupart – à qui nous peinerions à trouver des successeurs s’il le fallait? Non . Un passé plus récent qui s’effile sans que jamais il ne soit évoqué, un avant auquel semble désormais appartenir ce rituel républicain : une époque d’une France en accord avec ses élites lesquelles provenaient directement de son Peuple, à qui elle donnait son sein.

Mère patrie, mère pays des pères. N’est-ce pas une réponse éclatante, essentielle.

Ces gens, là font semblant.  Aucun n’est investi de ce qu’il fait, aucun ne prolonge le sens des mots, sacrifices, héros, nation, agression, résistance, barbarie, invasion, qu’ils prononcent jusqu’à l’écœurement. Théâtre indigne où l’on tue une seconde fois les honorables et où l’on ressuscite ceux qui ont failli.

Dans cinq ans, lorsque le gouvernement Juppé-Bayrou-Valls-Macron annoncera la lumière infinie, le Graal atteint, la non-vie paisible,  avec la mise en place, à Lübeck des services du grand ministère européen de l’économie, il n’y aura chez eux aucune tristesse, aucun regret, juste une question : qu’est-ce qu’on fait maintenant, que reste-t-il à détruire, où surnage l’âme meurtrie des Peuples qui furent libres ?

N’ayant plus qu’à appliquer des instructions-recommandations qui ne seront même plus traduites en français, puisque les ex-citoyens n’en seront pas informés, il faudra qu’ils trouvent des occupations pour maintenir le plus longtemps possible l’illusion démocratique.

Par exemple ils pourront convertir les monuments aux morts – lesquels seront bien dérangeants pour le Schultheiß européen nommé à la place de nos préfets –  chaque passant s’y sentant accusé, interpellé: « qu’avez-vous fait de notre gloire, de notre France, de notre sang ? ». D’ores et déjà  je suggère d’en faire des stèles à la gloire d’un cocu ambigu et d’y inscrire en lettres d’or: « A Panurge la dictature européenne reconnaissante ».

Gérard Couvert