L’avion russe abattu en Syrie n’est pas un exemple du double jeu turc, non, c’est une manifestation de la duplicité islamique. La Turquie n’est pas contre le rétablissement du califat mais le juge prématuré. Elle pense qu’il retrouvera son lustre à Istanbul et non pas à Bagdad. Ce n’est pas qu’un problème de fierté nationale, c’est aussi le résultat d’une analyse théologique et d’une vision géopolitique.

Hollande acceptant le pacha Ahmet Davutoglu au défilé de Paris le 11 janvier, tolérant la venue et les propos du sultan Erdogan à Strasbourg – capitale européenne comme chacun sait – est en partie responsable de l’arrogance turque, même si aujourd’hui c’est « sa coalition » qui en est la victime.

Le jour est choisi avec cynisme ; le président français était en visite, implorant une aide pour accentuer sa remontée dans les sondages. Dans la relation antique patron/client qui est celle qui lie les deux présidents, l’intérêt est toujours ascendant et Hussein Obama est bien peu pressé d’augmenter l’efficacité militaire contre l’EI. Notre globe-trotter était ce jeudi à Moscou qui fait les yeux doux à la France.

Mercredi, il recevait à Paris la Merkel, meilleure alliée des Turcs. L’Histoire ne bégaye pas mais elle permet de voir des lignes directrices, ainsi Turcs et Allemands partagent le goût pour les coups diplomatiques tordus,  pour le lebensraum et le concept de race, pour les génocides. Sait-on que des officiers du Kaiser étaient présents lors du massacres des Syriaques ? Nostalgie de la Namibie sans doute.

Souvenons-nous des efforts faits pour faire entrer l’Allemagne à la SDN, par qui et pour quels résultats. Qui ? Cette part de l’intelligentsia que l’on retrouvera dans les ministères de Pétain et qui se recycleront dans un pan-européisme germano-centré. Le résultat : le désarmement moral de la France.

Souvenons-nous de Victor Hugo empêchant l’extradition d’un terroriste russe et des deux bombes successives qui tuèrent Alexandre II, le réformateur. Souvenons-nous des mots de haine de la gauche et du centre contre le Shah d’Iran, moderne et aussi laïque qu’il pouvait l’être.

Une immense recomposition mondiale devient possible et va avoir lieu. Dans chaque région de la terre, les mondialistes, islamistes, libertaires ou libéraux, voire leur alliance, s’opposeront aux souverainistes nationaux ; cultures différenciées et ancrées contre mercantilisme anglo-saxon et magouille spirituelle coranique. Dans la sphère moyenne-orientale des retournements incroyables sont envisageables, particulièrement en ce qui concerne Israël.

Après avoir loupé la décolonisation, trop précoce, disait Senghor, lequel est d’ailleurs considéré comme un traître par la gauche, après être passé à côté de la fin du bloc soviétique et avoir encouragé le nouvel Anschluß, grâce à Mitterrand qui justement faisait partie de l’administration Vichyste, après le refus des opportunités historiques de 1999 et de 2005, la France va-t-elle se dissoudre faute d’avoir choisi des patriotes ?

La destruction de cet avion aura peu de répercussions militaires. Ceux qui attendent des frappes contre la Turquie ne comprennent pas ce qui est en jeu. Poutine à trop de sang-froid pour tomber dans un piège aussi grossier. Les Russes ont depuis ce matin intensifié les frappes aériennes dans les monts turkmènes, sans doute que leurs fusiliers marins vont se battre aux côtés de l’armée de Bachar Al Assad, accélérant la reprise de la frontière nord désertée par les forces spéciales turques qui ne se font aucune illusion sur leur sort si des Russes les rencontrent. Les Kurdes du PKK vont recevoir sous peu des missiles air-sol performants mais pas trop. Erdogan est assez mégalo pour tenter autre chose contre les Russes, la réaction sera alors rapide, brutale,  mesurée et si possible indirecte.

Au contraire les répercussions sociologiques et politiques de cet acte en feront sans doute le point de départ d’une nouvelle période dans l’histoire du monde qui pourrait bien prendre le visage d’une dé-mondialisation économique sur fond de contraintes écologiques.

Gérard Couvert