Dimanche dernier, j’étais le président d’un bureau de vote dont l’aménagement particulier m’a permis 12 heures durant d’observer la collecte des bulletins de vote par les citoyens venus voter.

Beaucoup ne prenaient que des listes « de gauche », souvent uniquement PS et rouges-verts, ceux-là avaient l’air satisfait et supérieur des choisis du camp du bien, la plupart lançaient un petit regard pour être certain d’avoir été vus accomplir leur acte inouï de résistance ; ce sont ces crétins que l’on voit dos tournés lors de dépôt de gerbes effectués par des élus du Front national.

J’ai même eu plaisir de contraindre celui qui, ostensiblement, avait plié son bulletin rose en public, à faire un passage par l’isoloir. Il y eut aussi ceux, en uniforme de vélocipédistes échappés du Hedebygade, obéissants soldats du totalitarisme vert, qui en sortant de l’isoloir déchiraient bruyamment des listes de « droite », jetant à la poubelle, dans un geste grandiloquent, les ruines imagées de l’unique objet de leur ressentiment.

Volonté de neutralité publique, pratique du respect d’autrui, attachement au rituel républicain, je n’ai vu personne ne prendre que des listes de « droite » ; en revanche beaucoup, mais avec une discrétion pudique ou inquiète ne prenaient que les bulletins du FN et de DLF.

Toulouse, c’est boboland, rien n’y manque : une néo-aristocratie aisée anti-nationale, anti-État, anti-peuple ; une extrême-gauche forte dans la rue – encouragée et protégée par le PS – mais faible dans les urnes ; des écolos politisés jusqu’à la caricature ; des centristes mous et fuyants à souhait, une droite libérale, moderne, ouverte, bref compatible « terra nova ».

Voilà pour le bord qui n’assume plus la Patrie.

Et le PS me direz-vous, celui qui résiste, celui qui demeure, la vieille garde qui ne meurt pas… il n’existe pas ; c’est une sorte de grosse boule qui ressemble à la collecte des résidus de pâte à modeler devenus durs et que l’on agglomère en malaxant un peu. C’est massif, roule bien, c’est aussi très joli, avec des effleurements de toutes les teintes ; ici une volute de vert, un gros pâté rouge ; comme un string affriolant des liens de rose et puis toutes les couleurs de l’arc-en-ciel s’emboîtant l’une dans l’autre. Un peu de bourgeois bleu de Marie en mal d’œcuménisme jouxtant le vert sombre qui regarde vers l’Est ; ah, j’oubliais un effilement orange-brun occitan, n’est-ce pas à Toulouse que le Maréchal Pétain fit l’un de ses plus beaux bains de foule ?

L’ineffable Reynié se croit aussi démonstratif que le courageux Masseret : il se maintient ; des fois que des électeurs, tentés par l’aventure, fassent de l’ombre à Madame Delga, laquelle n’a guère eu de mal à reformer son attrape-tout avec Monsieur Onesta, le pourfendeur légendaire de la bête brune.

Cependant des vignes du Languedoc, des coteaux du Lauragais, des montagnes d’Ariège, de forts bataillons populaires cernent les villes ; Louis Aliot connaît les maux du Sud, il trouve des mots nouveaux, habille l’avenir d’espoir, c’est ainsi. Comme un écho léger et essentiel, Damien Lempereur à été la lanterne qui balise le chemin du patriotisme de demain.

Demain, encore demain, dis Danton, sommes-nous encore loin ?

Gérard Couvert