Depuis la percée électorale historique du camp patriote-républicain le 6 décembre dernier (32% de moyenne nationale pour le FN et DLF), les fossoyeurs de la République, de la démocratie et de la nation nous rebattent les oreilles avec le prétendu danger que serait pour la République et la démocratie cette salutaire expression du peuple. Manuel Valls a été jusqu’à parler de guerre civile et de la nécessité de protéger l’islam.

Il y a pourtant belle lurette que nous ne sommes plus en République et même plus en démocratie depuis un certain 4 février 2008 à Versailles. « 1789 sacralisé pour mieux imposer la revanche d’une contre-révolution libérale que n’aurait pas reniée Burke », écrit l’ami Eric Zemmour dans l’introduction de son Suicide français. Cette contre-révolution libérale soixante-huitarde rime avec sociétal et anti-social.

« Cette heureuse libération sociétale [mai 68] eut pour pendant et contrepartie un effondrement symbolique, avec la mise en marche d’une privatisation tous azimuts, bien au-delà des services, des pouvoirs publics eux-mêmes. Big Brother vaincu, Big Mother monta sur le pavois ; et l’autorité paternelle mise à bas, l’individu compassionnel, soulagé de son ancien surmoi, fut livré tout cru à la tyrannie de l’argent, de l’opinion et de l’instant. Avec cette revanche en sursaut du refoulé, on passa d’un trop d’État à un pas assez. Les révolutions authentiques sont toutes puritaines. L’exaltation unilatérale et rien de moins que freudienne de la libido par l’« esprit de Mai » aurait pu mettre la puce à l’oreille des historiens de l’immédiat. Ce que l’individu gagnait en liberté, le citoyen n’allait-il pas bientôt le perdre en fraternité ? Et les citadins, en égalité ? Derrière une Love Parade ouverte à tous les exclus, des free parties sans interdits, se faufilaient, sans mot dire, le trader, l’insatiable show-biz et le tout-à-l’ego.» (Régis Debray, extrait de la préface de Mai 68, une contre-révolution réussie).

« Le vagin de la reine qui prend le pouvoir » œuvre d’Anish Kappor exposée dans les jardins du château de Versailles jusqu’au 1er novembre dernier est une belle illustration de  l’intercession de Big Mother et de « la libération des mœurs » dans le processus contre-révolutionnaire qui nous accable. Une autre contre-révolution, la nazie, était à la pointe de « la libération des mœurs » en Europe.

Nos ennemis, les victorieux soixante-huitards, sont les serviteurs d’une mutation du capitalisme. Ils combattent le travail, la famille et la patrie devenus des choses encombrantes, des obstacles aux conditions « modernes » de production et de distribution. Le Front National et Debout la France répondent bien sur ces trois fronts, sur la question de la famille ils commencent à récolter les fruits de La Manif pour tous. On comprend mieux la panique que l’expression du peuple du 6 décembre dernier a provoquée  chez nos ennemis.

Et c’est encore au nom de l’antifascime que l’on combat le peuple. George Orwell était à Barcelone pendant les Journées de mai 1937, il a vu la « gauche » PS-PC noyer dans le sang le peuple ouvrier. Il a ensuite entendu à Londres la cléricature « communiste » traiter de fasciste ce peuple courageux et révolutionnaire. Le « Novlangue » de 1984 doit beaucoup à cette expérience. George Orwell avait compris que c’est désormais au nom de l’antifascisme que l’on réprimerait les peuples.

Parmi ces ennemis de la nation qui nous font la morale et nous menacent, il y a une quantité d’anciens trotskistes (Cambadélis, Dray, Mélenchon, etc…). Ils n’ont pas changé sur le fond, ils ont toujours la même aversion pour la démocratie. « Tout le pouvoir aux soviets, à bas la dictature du parti bolchévique ! » était le mot d’ordre des marins de Kronstadt et des ouvriers de Pétrograd. En 1921 ils seront écrasés par l’Armée rouge dirigée par Trotsky.

« A droite, des voyous, à gauche, des médiocres » déclarait Régis Debray à l’antenne de France Culture le 29 mai 2014. Et de rajouter : « La droite a bazardé le gaullisme, avocats d’affaires qui font du business, la gauche elle, elle a bazardé et le socialisme et la République. Qu’est-ce que la gauche ? C’est l’union du populaire et du régalien, le régalien c’est la puissance publique, l’Etat. On sait bien qu’avec l’Europe telle qu’elle est, machine à déréguler, machine à privatiser, la puissance publique est à quia comme on dit. Quant au peuple, écoutez le peuple, en 2005 il vote contre un traité intereuropéen, trois mois après, la dite classe dirigeante considère que tout cela est nul et non avenu, donc c’est plus en bas que ça se passe». Plus loin : « A l’époque, la gauche était encore la gauche, elle n’était pas francophobe, elle ne craignait pas le peuple, elle avait un mode de vie, elle habitait un peu partout, elle fréquentait les ouvriers, les employés, ce n’était pas encore une fraction de la jetset. Donc effectivement, c’est au nom de ce passé là qu’il m’arrive de regretter cette sorte de trou noir dans laquelle la France se trouve, avec l’Europe d’ailleurs qui est un trou noir dans le monde, et la France est un peu l’homme malade de ce trou noir ».

 Même le Grand Orient, qui n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il est passé avec armes et bagages au Grand Occident, nous joue la partition qui sonne faux de la République en danger. Et pourtant c’est bien rue Cadet que fut longtemps exposé le tablier rituel du Grand Orateur, du Substitut des généraux, du Maître symbolique, le pape de la contre-révolution, Joseph de Maistre. Il n’a été retiré que récemment parce que le conservateur avait un doute sur son authenticité !

 Si la forfaiture du 4 février 2008 est de notoriété publique, avoir fait entrer par la lucarne parlementaire le Traité établissant une Constitution pour l’Europe (maquignonné en Traité de Lisbonne), traité que le peuple avait  sorti par la grande porte du suffrage universel, très peu de gens savent qu’un autre référendum a été très récemment bafoué de la même manière, mais cette fois-ci en catimini. La loi portant nouvelle organisation territoriale de la République, celle qui a réformé les régions dont nous élirons dimanche prochain les représentants, cette loi a subrepticement introduit pour le 1er janvier 2018 la création d’une Collectivité de Corse en lieu et place de l’actuelle collectivité territoriale et des deux départements. Ce rabaissement de la Corse à un TOM, ce démantèlement de la République, les Corses l’avaient rejeté le 6 juillet 2003.

Hier, Manuel Valls a parlé de guerre civile si le FN l’emportait, autrement dit si le peuple recouvrait sa souveraineté. Il a ajouté qu’il faudrait protéger l’islam. Protéger l’islam, c’est une évidence tant l’islam obscurantiste, inégalitaire et totalitaire est l’instrument rêvé pour faire pièce au christianisme qui a donné à l’idée de l’égalité, cette force propulsive universelle et que la Révolution française a laïcisé. L’islam sied à une Europe post-démocratique et à une France post-républicaine. Quant à la guerre civile, une autre évidence dans la bouche de Manuel Valls, parce que « Guerre civile » appartient à la sémantique de propagande de l’ennemi qui a tout intérêt à faire croire à une guerre civile. Guerre civile renvoie trop commodément les belligérants dos à dos en estompant à la fois l’aspect invasion extérieure et la trahison des collabos. Le FLN parlait-il de guerre civile ou de guerre de libération ? Il arrive, hélas, que se superpose un aspect guerre civile comme entre Armagnacs et Bourguignons pendant la Guerre de Cent Ans et plus proche de nous la Commune de Paris ou en 1944 après la Libération. Mais qu’il y ait des collabos ne suffit pas à en faire une guerre civile à part entière. Ce n’est pas l’aspect principal qu’il faut retenir sauf à faire le jeu de l’ennemi. Guerre de libération contre les envahisseurs et les traîtres qui se sont rangés de leur côté, guerre d’émancipation, d’autodétermination, de décolonisation, de reconquête, voilà nos mots !

Quand l’élite compose avec l’ennemi et sacrifie le peuple, la libération ne peut venir que du peuple. Toute personne authentiquement républicaine ne pourra que voter FN, toute personne authentiquement de gauche ne pourra que voter FN, toute personne de droite attachée à la souveraineté nationale ne pourra que voter FN. Voter Front national dimanche prochain contribuera à une reconquête républicaine.

Salut et Fraternité.
Pascal Olivier