Il y a quinze ans, le 17 février 2001, s’échouait sur une plage du Var, à Saint-Raphaël, un vieux vraquier rouillé battant pavillon cambodgien, l’East Sea, avec à son bord 908 « réfugiés » kurdes. 

Ce phénomène de boat people était plutôt réservé à l’Italie ou à la Grèce. Jamais auparavant un tel événement ne s’était produit en France et il ne s’est pas reproduit par la suite. C’est que pour arriver en France il faut un long périple supplémentaire en passant par le détroit de Messine, autrement dit entre Charybde et Scylla.

Cette plage où s’est échoué le navire n’est autre que la plage de Boulouris, l’endroit même où en 1972, Jean Raspail avait écrit Le Camp des Saints, dans une villa prêtée pour l’occasion par des amis.

Invité de l'émission Ce soir ou jamais sur France 3, le 3 février 2011, Jean Raspail fit part de son sentiment d'étonnement à propos de l'échouage du navire à l'endroit même où il avait écrit Le Camp des Saints.

L’équipage qui a pris la fuite après avoir volontairement fait échouer le bateau sur cette plage, plage qui avait su si bien inspirer Jean Raspail, était composé d’hommes en cagoule parlant turc. 

Pour prétendre plus facilement au droit d’asile, les passagers kurdes avaient délibérément menti aux autorités en affirmant qu’ils venaient d’Irak et qu’ils fuyaient les persécutions de Saddam Hussein. En vérité ils étaient de nationalité syrienne, chose qu’ils ont fini par devoir avouer deux mois plus tard. La plupart d’entre eux ne sont pas restés en France, ils ont assez vite mis le cap vers d’autres cieux, l’Allemagne principalement.

Pourquoi ce périple bien inutile du vraquier rouillé vers la France alors qu’il aurait été beaucoup plus aisé et moins dangereux pour les passeurs turcs de le faire échouer en Grèce ou en Italie ?

Quelques jours plus tôt, le 29 janvier 2001, le Président de la République, Jacques Chirac, promulguait une proposition de loi adoptée par le Sénat et l’Assemblée nationale qui comporte cet unique article : « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. »

Cette reconnaissance a le défaut de comporter un non-dit en ne mentionnant pas le responsable turco-ottoman. Cela n’a semble-t-il pas empêché la diplomatie néo-ottomane de la « moderne » Turquie de nous menacer tout en montrant qu’elle savait manier les symboles. 

Le 11 août dernier, Bernard Antony posait de pertinentes questions sur les bateaux chargés de « réfugiés » et sur la responsabilité de la Turquie : « D’où viennent ces cargos ? Les réfugiés syriens ou iraniens n’ont pas de ports d’embarquement possibles sur la Méditerranée autres que ceux de Turquie. L’évidence, c’est que la Turquie, État particulièrement policier, laisse donc faire cela (...) La dernière [question] qui se pose donc est celle de savoir si l’immense migration des « boat-people » arabo-africains vers l’Europe n’est pas voulue, encouragée et même cyniquement planifiée (...) ? Ne s’agit-il pas d’une forme de submersion démographique très organisée ? »

La réponse nous est en partie donnée par le Président turc en personne, Recep Tayyip Erdoğan, qui non content d’avoir en novembre dernier obtenu contre menace la liberté de circulation sans visa dans l’UE pour les presque 80 millions de ressortissants turcs, la réactivation du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE et quelques milliards d’euros, a réitéré, cette fois-ci publiquement, il y a quelques jours, ses menaces d’une encore plus grande submersion migratoire. En novembre dernier il avait asséné à Jean-Claude Juncker et à Donald Tusk : « Nous pouvons à tout moment ouvrir nos portes vers la Grèce et la Bulgarie et mettre les réfugiés dans des cars (…) Que ferez-vous alors de ces réfugiés s’il n’y a pas d’accord ? Vous allez les tuer ? ».

Pascal Olivier