Après l’égorgement du père Hamel dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet, le lieu de culte a été réouvert le dimanche 2 octobre 2016.

Le retour de cet événement dans l’actualité est l’occasion de faire le point sur ce que l’on en sait.

Les auteurs de l’attentat furent deux serviteurs d’Allah nommés Abdelmalik Petitjean et Abdel Kermich (abd ( عبد en arabe) signifie serviteur ou esclave. Six autres musulmans qui auraient également contribués à ce meurtre sont encore recherchés. Les deux assassins furent tués à leur tour par la police alertée par une des sœurs qui avaient pu s’échapper de l’église lors de la prise d’otages.

Parmi les témoins directs de l’assassinat, l’homme de 87 ans qui a dû filmer l’égorgement du prêtre après avoir reçu des menaces et des coups (4 coups de couteau portés à la gorge) raconte que les deux musulmans lui ont demandé de filmer « sans trembler » (pour faire de bonnes images exploitables pour la propagande au profit d’un état ennemi). Par ailleurs, il rapporta que le père Hamel tenta de se défendre pendant son agression et s’écria « Va t-en Satan ! Pars Satan !» tant qu’il put encore parler.

Enfin, on se rappelle les étonnantes déclarations du pape François qui, interrogé quelques jours après l’égorgement d’un de ses prêtres, se refusait à parler de musulmans préférant le terme de terroristes évacuant tout ressort religieux à l’égorgement du prêtre et préférant mélanger les crimes passionnels qui peuvent se dérouler au sein de familles italiennes chrétiennes avec un attentat revendiqué au nom d’Allah et sans doute organisé dans le détail par 8 hommes exclusivement musulmans. Pour appuyer sa réflexion, le pape citait l’apôtre Jacques :

«Une chose est vraie : je crois qu’il y a presque toujours dans toutes les religions un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons. Quand le fondamentalisme arrive à tuer… mais on peut tuer avec la langue comme le dit l’apôtre Jacques, ce n’est pas moi qui le dis. On peut aussi tuer avec le couteau, non?»

Saint Augustin : une approche acceptable par tous pour mieux comprendre.

Mes lectures m’ont amené récemment à prendre connaissance de la pensée d’un des plus grands penseurs de la chrétienté : Saint Augustin, un berbère né à Tagaste (ville appelée Souk-Ahras dans l’Algérie actuelle). En l’occurrence, il s’agit d’une des 124 homélies sur l’Evangile de Saint Jean écrit par Saint Augustin entre 406 et 419 et qui vient d’être publiée par les éditions du Figaro dans le deuxième volume de la collection « Les grandes figures de la spiritualité chrétienne » sous la direction de Michael Lonsdale (9,95€ encore en librairie).

Le commentaire de Saint Augustin sur la première épitre de Saint Jean (VII, 7-8) éclaire et met en perspective les différents aspects rapportés plus haut sur la mort sacrificielle du père Hamel.

Que dit cette homélie au juste.

Elle illustre la maxime de Saint Augustin « Aime, et fais ce que tu veux ! » qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire à la première lecture, n’a rien d’un appel à un épicurisme facile ou à la dictature du sentiment de supporters du « mariage pour tous pourvu qu’ils s’aiment ».

Saint Augustin, libre d’esprit et exerçant sa raison, ose comparer les actions du Père (qui livre son fils à la crucifixion) à celle de Judas (qui livre Jésus à la troupe romaine).

Le geste est le même mais relève de motifs qui en font toute la différence. « C’est que le Père et le Fils ont agi par amour : mais que Judas, lui, a agi par trahison. Vous voyez qu’il ne faut pas considérer ce que fait un homme, mais l’esprit, l’intention dans lesquels il agit. »

Les musulmans connaissent bien également ce raisonnement car pour eux seul dieu sait vraiment, seul Allah voit ce que l’homme cache au tréfonds de son être et seul Allah sauve qui il veut (3 :120 ; 3 :29 et bien d’autres occurrences).

Après avoir parlé d’actions semblables mais pourtant significativement différentes dans leurs intentions, Saint Augustin évoque des actions différentes et fait découvrir au lecteur « qu’un homme est amené à sévir par charité et à caresser par malice ». L’exemple qui est pris par Saint Augustin est celui du père qui frappe son enfant pour l’éduquer et du trafiquant qui caresse son esclave par malice. Les caresses semblent préférables aux coups, mais « on peut accomplir beaucoup d’actions qui ont bonnes apparence, tout en ne provenant pas de la racine de la charité. Car les épines ont des fleurs elles aussi. Certaines choses paraissent dures, pénibles, mais on les accomplit pour corriger, inspirer par la charité. »

Ces paroles parlent-elles aux adeptes du multiculturalisme de si belle apparence quand ils constatent les milliers de noyés dans la Méditerranée que leur politique a provoqués ? Les tenants d’un immigrationnisme sans limite et sans contrôle se sentent-ils interpellés par ce passage à propos de leur si belle posture d’ouverture à l’autre depuis que l’on sait que les attentats de Paris furent en partie commis par des « réfugiés » entrés au sein des colonnes de milliers de migrants comme nous en avait prévenu le gouvernement islamique d’Irak et du Levant avec qui le gouvernement Hollande affirme être en guerre ?

Enfin, Saint Augustin clôt sa réflexion par ce conseil que nous reprendrons pour analyser les événements de Saint-Etienne-du-Rouvray : « Si tu te tais, tu te tais par amour ; si tu cries, tu cries par amour ; si tu corriges, tu corriges par amour ; si tu épargnes, tu épargnes par amour. »

Là aussi, ce type de raisonnement est bien connu des musulmans qui connaissent bien les injonctions divines du djihad qu’ils faut mener ou de l’attitude d’affermissement envers les mécréants qu’il faut avoir pour le bien de dieu même si ce sont quelquefois des actions très pénibles (2 :216 ; 3 :147 ; 8 :12 et bien d’autres occurrences).

Ainsi, la réflexion de Saint Augustin me semble un bon point de départ pour analyser la situation créée par l’égorgement du prêtre Hamel.

Ce détour proposé par le berbère Saint Augustin pour comprendre les actions humaines est d’autant plus utile pour comprendre notre monde qu’il peut constituer un pont entre les communautés chrétiennes et musulmanes qui elles aussi connaissent bien cette approche centrée sur l’intention pour juger d’une action.

Eclairage de l’actualité à la lueur de la pensée augustinienne

Pourquoi ne pas comparer comme le fait Saint Augustin deux actes identiques : la suppression de la vie du père Hamel par ces deux musulmans et celle des deux musulmans par la police. Quelles sont les motivations des acteurs comme des commentateurs ?

Les deux tueurs musulmans ont-ils égorgé par amour ?

On sait que les dires de leur prophète, les versets de leur livre sacré, tout comme les lois de la charia quel que soit l’endroit où elles sont mises en œuvre professent que mourir en martyr (c’est-à-dire ici en tuant et en se faisant tuer dans le chemin d’Allah) garantit l’accès à un paradis où sera disponible tout ce qui est ici interdit à un bon musulman respectant les règles de vie que lui impose sa « religion » ici bas.

Ainsi en égorgeant un homme, acte pénible pour tout humain (musulman ou pas), les deux serviteurs d’’Allah suivent leur religion et se garantissent une place au paradis pour l’éternité.

Point d’amour pour sa victime.

La police de la République a-t-elle tué par amour ?

La police de la République laïque française ne rentre pas dans cette approche religieuse de la vie. Néanmoins, on peut toujours se demander à quels ressorts répond l’institution d’une police républicaine laïque. N’est- ce pas pour appliquer la même loi à tous sans prendre en compte les appartenances communautaires revendiquées des victimes comme des bourreaux ? N’est-ce pas pour protéger les innocents que la police, dans certains cas connus de tous et très strictement définis, est autorisée par le reste de la société à ce que certains humains soient mis hors d’état de nuire définitivement ? N’est-ce pas pour la tranquillité de l’immense majorité que ce rôle difficile est attribué à la police ?

N’est-ce pas au fond par amour de la paix civile et des populations que ces deux égorgeurs furent tués par les forces de police de la République ?

Le pape en niant le ressort spirituel de l’égorgement de son prêtre agit-il par amour ou pour d’autres motivations ?

En niant tout lien entre l’islam et l’égorgement de son prêtre ou en relativisant un éventuel lien en affirmant que de tels actes auraient pu se dérouler avec des bourreaux chrétiens ou qu’il est aussi possible de tuer par les mots, le pape François agit-il par amour ? Est-ce aimer son prêtre que de le considérer tué par des hommes à qui on retire la qualité de croyant alors qu’ils la revendiquent et qu’ils seront, après leur mort, inhumés selon les rites de leur religion ce qui les replace au sein de cette communauté des croyants musulmans dont le pape veut les exclure ?

Est-ce aimer les deux égorgeurs musulmans que de les priver de la grande affaire de leur vie : leur soumission à Allah ? Est-ce aimer nos frères musulmans que refuser de reconnaître que les deux tueurs et leurs 6 complices possibles étaient bien animés par l’islam comme ils le revendiquent eux-mêmes ?

Est-ce aider les musulmans choqués par cet égorgement d’un prêtre à se défaire de ce qui dans leur dogme appelle au meurtre et à la suprématie musulmane que de relativiser la terreur que certains de leurs coreligionnaires font régner de par le monde ?

Pourquoi le pape s’efforce t-il de ne considérer que des événements purs sans intention qui leur donnerait une signification ? Est-il si éclairé sur l’âme humaine qu’il soit incapable d’atteindre le niveau de réflexion qu’a atteint Saint Augustin au Vème siècle et la communauté chrétienne et musulmane ensuite ?

Conclusion

Par quelle perversion de l’âme un religieux peut-il évacuer la dimension religieuse d’un acte aussi fort que celui d’ôter la vie à un homme surtout quand cet acte est commis par des personnes qui revendiquent leur religiosité ?

Pourquoi une telle obséquiosité pour éviter de mêler l’islam à cette affaire ?

Par quelle impudence ou quel sentiment de supériorité, un homme sensible aux aspects spirituels peut-il exclure d’autres hommes (fussent-ils musulmans et meurtriers) d’une communauté religieuse qui n’est pas la sienne et dont ils se réclament ?

Pourtant, nul besoin d’un sentiment religieux intense pour reconnaître le mal quand on le rencontre. Prier un dieu est une chose, combattre le mal en est à l’évidence une toute autre.

Que le pape de l’Eglise catholique soit incapable d’exercer sa raison pour distinguer le mal du bien en appelle à la vigilance sur la prétendue infiabilité de l’Eglise quand elle est dirigée par un homme tel que Jorge Mario Bergoglio, né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires. Que cet argentin ne puisse concevoir une différence entre un crime passionnel et un égorgement planifié par 8 hommes motivés par des sourates haineuses en dit long sur ses capacités à conduire la communauté catholique à l’immolation.

Le père Hamel a bien su reconnaître le mal quand il l’a rencontré, les millions d’hommes et de femmes de toute confession ou sans confession ont bien su voir le mal dans cet acte et au-delà dans l’idéologie qui l’inspirait.

Certains continueront à prier Allah, d’autres le dieu des chrétiens … d’autres ne passeront pas leur temps à cela mais tous peuvent servir à lutter contre le mal dont ils ont perçu la manifestation.

Ne pas vouloir évoquer sa présence quand elle frappe, c’est être son complice et lui donner les moyens de refrapper à nouveau en désarmant moralement et intellectuellement tous ceux qui pourraient s’y opposer qu’ils soient chrétiens, musulmans ou athées.

Quelle finalité le successeur de Pierre recherche-t-il en banalisant ainsi les meurtres de musulmans commis au nom de leurs croyances ?

Je vous laisse conclure.

Franck BERNARD