La versatilité réelle de nombre d’électeurs (voir les chiffres des certitudes de votes), la manipulation, les incertitudes statistiques (2 à 3,5 points), l’interprétation des résultats bruts, les erreurs dans les algorithmes de péréquation, et les mensonges volontaires des sondés (« marre des sondeurs ») font que nous devons prendre en compte les sondages publiés avec une prudence renouvelée ; néanmoins ils constituent probablement un ordre de grandeur relatif des trois groupes ; par exemple une percée de Dupont-Aignan se ferait un peu au détriment de Marine Le Pen et beaucoup en empiétant sur Fillon, le centre et la gauche n’en seraient pas affectés. Seul un effondrement de Macron le jour du vote, verrait ses potentiels électeurs se répartir entre Fillon, Hamon et dans une moindre mesure l’abstention.

S’il reste possible de s’appuyer sur les sondages concernant le 1er tour, là où le doute s’installe c’est dans les résultats évoqués pour le second tour. Les écarts de chiffres, favorables à Macron, ne préjugent pas avec une grande certitude d’un second tour Le Pen Macron, hypothèse cependant la plus probable ; mais si, sur le fil, Fillon parvenait à devancer Macron, il serait élu sans coup férir au second tour.

Mon opinion est qu’en cas de duel Le Pen Macron, l’écart sera nettement moindre que celui annoncé ; vielle technique du « c’est déjà fait,  par la peine de lutter » et dans le cas Le Pen Fillon infiniment plus fort, là-aussi le travestissement est important pour ne pas aider Fillon à surmonter la crise.

La réflexion qui suit part du principe que les média parviendront à étouffer la campagne comme pour les régionales et les européennes, et que rien ne viendra bouleverser les choses : garde à vue de Fillon avec image des menottes (genre DSK) attentat contre une mosquée, ou contre la Tour Eiffel, victoire très forte de Wilders aux Pays-Bas, crack financier brutal …
Rappelons d’abord que le nombre de suffrages est toujours plus faible au second tour : un peu plus d’abstention et beaucoup plus de bulletins blancs, tendance qui s’accentue et que cette élection devrait confirmer. Si nombre de votants du premier tour ne choisissent au second aucun candidat, il faut aussi penser à ces 16% de non-votants habituels, et quel candidat sera le plus à même de les pousser, « pour une fois » à voter.

Le tableau suivant présente une analyse des reports de voix dans le cas d’un second tour Le Pen Macron. Les électeurs de Fillon qui iraient vers Le Pen sont constitués par le fond gaulliste et sociétal dur, ceux qui iraient rejoindre Macron correspondent au centriste de l’ex-UDI, pro-européens convulsifs et rentiers apeurés ; je suis convaincu que beaucoup d’électeurs révulsés par les personnages en lice rejoindront les abstentionnistes au second tour. Pour les électeurs socialistes le débile « au secours Le Pen » fonctionnerait de manière habituelle, les autres se réfugiant dans le vote blanc. Plus complexes sont les motivations des électeurs du petit timonier dont un nombre non négligeable préférera l’aventure radicale Le Pen au libéralisme Macron.
Enfin la perspective d’un bouleversement sera de nature à attirer des abstentionnistes chroniques, plus vers Le Pen que vers Macron.

Une situation radicalisée avant le vote ne ferait qu’anticiper les reports en affaiblissant les candidats de gauche au profit de Macron et ceux de droite au profit de Le Pen, et cela dans les marges d’erreurs, lesquelles sont de nature à inverser les résultats, ne l’oublions pas !

Une moindre attirance des électeurs de gauche pour l’abstention renforce notablement Macron. Voyons maintenant le cas de figure où Macron révélerait trop vite la nature régressive de son projet et les abandons irrémédiables de souveraineté qu’ils consentirait, une part plus forte des électeurs de gauche se détournerait du vote ; mais si par ailleurs, Macron apparaît aux électeurs de Fillon comme un successeur de Hollande dans ses errements sociétaux et que quelques uns de plus franchissent le pas vers Le Pen et beaucoup plus vers l’abstention, alors nous serions proches d’un événement politique majeur et mondial.

Ce sont donc, à l’évidence, les électeurs de Fillon qui sont la clef de ce scrutin, soit qu’ils se mobilisent suffisamment au premier tour pour supplanter Macron, soit par le choix d’un quart d’entre eux entre Macron et l’abstention.

Marine Le Pen ne parviendra pas à leur faire oublier leur peur d’une sortie de l’euro, mais qu’au moins elle les accule à l’abstention en montrant à quel point Macron signe la sortie de l’Histoire de la France, une déréglementation de la société, sociétale et économique, mais aussi qu’il est l’homme des flux financiers lesquels sont contraires à la conservation de la valeur d’un patrimoine matériel. Un récent article de Ivan Rioufol va dans ce sens : tout sauf Macron, pour le programme économique de Marine Le Pen on verra plus tard.

Plus tard c’est bien sûr, le quatrième tour ; c’est-à-dire le résultat des législatives.

Gérard Couvert