L’après-midi fut morne. Certes, il y eut quelques éclats de voix, mais la cause était décidée avant d’être entendue. A quoi bon parler puisque la claque avait été amenée pour l’ovation au chef ? Comme put le dire Bruno Dienot du Gers, l’accord du second tour de la présidentielle avait fait le mal et c’était un bien. Alors pourquoi refuser un bon accord pour une mauvaise reculade ? Tout était dit mais rien ne fut écouté.

L’étrange lieu où la démocratie oligarchique nous avait confinés avait quelque chose de révélateur, partout l’oppressant conformisme et le théâtre de la révolution de palais ; conseillers désavoués et ambitieux dans l’attente ; les fourgons de la défaite attisent les rancœurs et attirent ceux que le combat effraye.

Dans les confidences de seconde main, dévoilées avec un air d’importance, j’ai entendu cette élucubration d’un NDA agissant en toute intelligence avec les dirigeants du FN pour une fausse rupture, afin de tromper et de satisfaire le monde politico-médiatique ; lequel, tout à coup devenu magnanime,  retirerait  ses candidats  afin de permettre à Nicolas Dupont-Aignan, retrouvant ses atours du gentil souverainiste propre sur lui, de conserver « sa » circonscription.  Certains, même, allaient  à penser que ce revirement était force et cynisme, doigt d’honneur fait à la bien-pensance par un NDA baladant les observateurs malveillants du côté du FN puis en s’en éloignant pour y revenir lorsque ce parti aura achevé sa mue.

J’ai entendu l’argument de Nicolas Dupont-Aignan sur sa gêne de voir figurer le sigle DLF sur certaines professions de foi émanant de personnages peut-être pas vraiment douteux, mais ayant encore, pour les nez délicats des marquis germanopratins,  une senteur de soufre. Les négociateurs du FN auraient sans nul doute cédé sur ce point ; 80 circonscriptions étaient acquises à Debout La France, dont plusieurs gagnables, de multiples triangulaires, voire quadrangulaires auraient eu lieu, obligeant les faux républicains, vrais libéraux macron-compatibles, à se dévoiler.

Dans le désert électoral de deux années qu’il va falloir traverser, 2, 3,4, peut-être plus, députés Debout La France aurait fait entendre la voix singulière de notre patriotisme ; dans les tensions qui vont immanquablement éclater, Nicolas Dupont-Aignan, courageux et invariable, aurait capté les regards des orphelins de la France ; pour cela ce n’est pas de la pureté qu’il faut, mais de la hargne, de la dureté, de la violence ; les chevaliers blancs ni ne gagnent ni ne dirigent les sanglantes batailles.

Peut être plus qu’au FN, la césure idéologique révélée samedi à Debout La France et celle qui recoupe la bourgeoisie, plus ou moins éclairée, et plus ou moins réactionnaire, de ceux, plus populistes, à défaut d’être populaires, qui croient à un avenir national, réellement national, et qui ne sont pas, au fond, les suiveurs droitiers, vaguement patriotes, du libéralisme mondialiste. Pour en arriver là, alors il aurait mieux valu faire ce que j’évoquai ici même, à savoir tendre une main secourable à Fillon.

Avec l’avènement de la post-démocratie, mort annoncée le la civilisation européenne, dont les  images triomphantes dégueulent de ma télé tandis que j’écris, c’est au fond la reconstitution de l’antique opposition ente les populares et lesoptimates qui émerge. Les législatives ne sont pas si importantes qu’on l’imagine, dans le mouvement politique en cours, ce qui importe c’est de définir les contours idéologiques de la prise de pouvoir, ce qui compte c’est de savoir si le camp patriote-populaire se formera par mitose ou méiose.

Ce qui compte surtout c’est la guerre des symboles et des mots, c’est l’attachement évident, c’est le cauchemar à éclairer, c’est la France à l’agonie.

Mon cher Nicolas, as-tu oublié la fable de l’âne de Buridan ?

Gérard Couvert